La pharmacie clinique en ville : le regard d’un pharmacien d’officine


Plus que des compétences techniques, développer la pharmacie clinique au sein d’une officine c’est adopter une posture, une façon d’exercer la pharmacie auprès des patients.

L’écoute active est essentielle car la pharmacie est un lieu où les patients s’expriment différemment qu’avec un médecin, plus fréquemment au regard des renouvellements d’ordonnances.

Il s’agit d’un lieu propice pour obtenir des informations pertinentes d’un point de vue médical, complémentaire aux informations que le patient a obtenues auprès du médecin lors d’une consultation.

A titre d’exemple, les comptoirs de la pharmacie sont ovales, non pas pour un choix purement esthétique, mais pour casser la relation « d’autorité » que peut avoir un pharmacien derrière son comptoir. Cela crée une relation d’égal à égal avec le patient, favorable à l’expression des patients.

D’autre part, nous essayons systématiquement de tracer les informations médicales utiles partagées par le patient dans les « commentaires » de notre logiciel métier. Ainsi, quel que soit le membre de l’équipe qui dispense le traitement, nous avons un discours qui fait sens et donne le sentiment d’un suivi personnalisé du patient par son pharmacien, au même titre qu’un médecin trace ses consultations.

C’est également une posture à adopter à chaque délivrance. L’idée est de discuter de la stratégie thérapeutique au plus proche des référentiels médicaux, et de questionner le patient. Le questionner non pas pour le mettre en difficulté mais pour l’aider à comprendre la logique entre thérapeutique et pathologie. La compréhension du traitement est à mon sens essentielle pour garantir l’observance.

Pour faciliter ces échanges, nous avons synthétisé les guides d’entretien en fiches recto-verso, accessibles dans des trieurs muraux au comptoir. Ces aide-mémoires soutiennent notre démarche quotidienne ; ils ne remplacent pas les supports et les exigences des accompagnements conventionnels. Un échange spontané et un entretien structuré sont complémentaires, avec une même exigence de confidentialité.

Interroger la pertinence d’un traitement ne signifie pas remettre en cause le prescripteur. Je cherche à apporter une information complémentaire et, lorsqu’un problème est identifié, une proposition argumentée. Devant une difficulté de tolérance ou une rupture d’approvisionnement, l’objectif est de contribuer à une solution adaptée, plutôt que de transmettre uniquement une alerte.

Cette démarche suppose l’accès aux données utiles, notamment aux indications des traitements et aux résultats biologiques. À la maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) de l’Adour, le système d’information partagé constitue un levier de cette coopération. L’analyse pharmaceutique peut ainsi être replacée dans le contexte clinique, puis discutée avec les professionnels concernés. Médecins, pharmaciens et infirmiers ont chacun des observations à apporter, en associant le patient aux décisions.


Pour être efficient, les services pharmaceutiques proposés par l’officine doivent être en cohérence avec les déterminants de santé de son environnement. L’atout des officines est leur capacité à toucher une population très large, y compris des personnes qui fréquentent peu, voire pas du tout, les autres professionnels de santé et peuvent ainsi rester en marge du parcours de soins.

Est-ce que ma patientèle est plutôt défavorisée ? Est-ce qu’elle a facilement accès à un médecin ? Est-ce qu’elle se vaccine ? C’est l’ambition qui guide mon engagement dans la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) de l’Adour, à la création de laquelle j’ai contribué avec le Dr Dubroca et les professionnels du territoire. Pour moi, cette organisation doit aider à identifier les besoins, à définir des priorités communes et à organiser des réponses concrètes.

Cette organisation m’a permis de structurer une vraie politique vaccinale au sein de mon officine en formant mon équipe pour être proactif sur la vaccination des plus de 65 ans. Et ça marche ! Nous constatons une augmentation de la vaccination chez ce public.

La même logique s’applique aux bilans de prévention : repérer un besoin n’a de sens que si une prise en charge peut être proposée. Le projet d’annuaire porté par notre CPTS doit faciliter l’identification des ressources et l’orientation des patients.

Cette évolution demande du temps, de la formation et une organisation partagée. L’accès aux données, la coordination et la reconnaissance du temps clinique restent des enjeux. Mon objectif est de rendre cette démarche durable, sans qu’elle repose sur un seul professionnel, puis d’en apprécier l’utilité : propositions suivies, difficultés résolues, orientations abouties. La pharmacie clinique prend tout son sens lorsqu’elle transforme une rencontre à l’officine en un suivi utile au patient.

Dr Paul Lemarquis, pharmacien d’officine à Aire-sur-l’Adour (40)