Retours d’expérience du CHU de Limoges
Le projet européen « STOP IATRO » : partir des pratiques réelles des professionnels pour identifier les freins et les leviers à la prévention des chutes chez la personne âgée

Les chutes chez les personnes âgées ont des conséquences majeures en termes de perte d’autonomie, d’hospitalisations et d’entrée en institution. Si leurs causes sont multiples, la iatrogénie médicamenteuse et la dépendance liée aux soins constituent des facteurs souvent sous-estimés, mais pourtant évitables.
Face à cet enjeu, une initiative territoriale a émergé pour renforcer la prévention : le projet européen STOP IATRO (financement Interreg SUDOE), porté par le CHU de Toulouse et déployé en Limousin par l’unité de pharmacie clinique du CHU de Limoges, en lien étroit avec les professionnels de ville et le centre hospitalier de Saint-Yrieix.
Une démarche ancrée dans les réalités du terrain
Le projet STOP IATRO repose sur une approche innovante : partir des pratiques réelles des professionnels pour identifier les freins et les leviers à la prévention.
Des immersions terrain menées auprès de différents acteurs (médecins généralistes, gériatres, pharmaciens hospitaliers et d’officine, infirmiers, IPA) ont mis en évidence plusieurs constats :
- les bonnes pratiques sont connues mais difficiles à appliquer de façon systématique ;
- les transitions de soins, notamment les sorties d’hospitalisation, sont des moments à risque ;
- la coordination entre la ville et l’hôpital reste perfectible, mais constitue un levier majeur.
Des actions concrètes co-construites
À partir de ces retours, plusieurs actions pilotes ont été développées et adaptées au terrain, avec un objectif commun : faciliter l’intégration des bonnes pratiques dans le quotidien des professionnels.
Concrètement, ces actions prennent la forme d’outils simples, mobilisables tout au long du parcours patient :
- Des temps d’éducation autour du médicament, organisés localement (centres de santé, structures associatives), pour aider les patients et leurs aidants à mieux comprendre leurs traitements, repérer les effets indésirables et éviter les erreurs de prise ;
- Un support visuel d’évaluation de l’autonomie (type ADL), partagé entre l’hôpital et la ville, permettant d’identifier rapidement le niveau d’autonomie et d’adapter les pratiques ;
- Un plan thérapeutique personnalisé simplifié, remis au patient, avec des informations claires (posologie, modalités de prise, précautions), pour faciliter l’observance à domicile ;
- Un outil “Je me prépare à la sortie”, utilisé en amont du retour à domicile pour expliciter les suites du parcours (fatigue, reprise des activités, alimentation, suivi des traitements, signes d’alerte) ;
- Une pochette de sortie structurée, regroupant les documents essentiels (conciliation médicamenteuse de sortie, comptes rendus utiles, plan d’aide, contacts utiles) et facilitant leur transmission aux professionnels de ville ;
- Des temps d’échanges territoriaux (communautés de pratique, journées locales, conférences patients-professionnels) pour partager les pratiques et harmoniser les messages.
Ces actions ont en commun d’être co-construites avec les équipes, testées en conditions réelles et ajustées en fonction des usages. Elles visent moins à ajouter de nouvelles tâches qu’à mieux structurer et outiller des pratiques déjà existantes.
Une expérimentation territoriale en Limousin
Ces actions sont actuellement expérimentées en Limousin, notamment sur le territoire de Saint-Yrieix, en lien avec les MSP et la CPTS Confluence.
Cette dynamique territoriale met en évidence plusieurs facteurs de réussite :
- l’implication des professionnels dès la phase de conception ;
- l’utilisation d’outils simples et directement mobilisables ;
- le renforcement des échanges interprofessionnels.
Elle illustre également l’importance d’un lien étroit entre la ville et l’hôpital pour assurer la continuité des soins et prévenir les ruptures de parcours.
Une approche préventive
Au-delà des outils, STOP IATRO porte une évolution des pratiques : passer d’une logique de prise en charge à une logique de prévention de la perte d’autonomie.
Cette approche rejoint les recommandations internationales, notamment celles du programme ICOPE de l’OMS, qui promeut une prise en charge globale et anticipée des fragilités.
Pour les professionnels, plusieurs leviers peuvent être mobilisés dès aujourd’hui :
- intégrer les bilans de médication dans la pratique courante ;
- anticiper les moments clés du parcours (entrée/sortie d’hospitalisation, retour à domicile) ;
- s’appuyer sur les dynamiques territoriales existantes (MSP, CPTS) ;
- associer systématiquement le patient et ses aidants.
Une dynamique qui part du terrain
Les premiers retours en Limousin montrent que la prévention repose avant tout sur des ajustements concrets du quotidien : mieux expliquer les traitements, anticiper les sorties, améliorer le partage d’informations entre professionnels.
Sur le territoire de Saint-Yrieix, en lien avec les MSP et CPTS, ces démarches progressives, construites avec les équipes, vise à mieux sécuriser certains moments à risque du parcours.
Organismes contributeurs :


et la Maison de Santé Pluriprofessionnelle Pays Arédien, St Yrieix