Utilisation des nouveaux médicaments contre l’obésité et le diabète en Nouvelle-Aquitaine


Données nationales et régionales d’utilisation et de respect des indications


Presque tous les arGLP-1 ont présenté dès leur développement clinique des effets sur la perte de poids. De ce fait, ils ont fait l’objet d’utilisation détournée, c’est-à-dire en dehors des indications approuvées par les autorités de santé. Cette utilisation détournée a notamment concerné l’utilisation de sémaglutide (OZEMPIC®) hors de son indication dans le diabète pour la perte de poids chez des patients obèses ou en surpoids associé à des comorbidités. Mais l’usage détourné s’est aussi élargi à des utilisateurs pour lesquels aucun bénéfice thérapeutique d’une perte de poids n’était attendu en regard du risque d’effets indésirables. Ces utilisateurs ont pu se fournir ces médicaments grâce à des prescriptions non conformes, voire par des circuits informels, potentialisés par les réseaux sociaux. Par ailleurs, l’augmentation croissante de l’utilisation des arGLP-1 et l’émergence d’une utilisation détournée ont pu favoriser la survenue de pénuries observées ces dernières années, ainsi que la circulation de médicaments falsifiés telle que signalée pour OZEMPIC® par l’agence européenne du médicament.


Les effets indésirables des arGLP-1 concernent principalement la sphère gastro-intestinale. Les plus fréquents sont les nausées, vomissements et ballonnements ; les plus graves incluent des gastroparésies, des occlusions intestinales et des pancréatites aiguës. Pour limiter ces effets, chaque initiation doit faire l’objet d’une escalade de dose afin de trouver une dose efficace ne présentant pas trop d’effets indésirables. De plus, en raison du ralentissement de la vidange gastrique et du péristaltisme intestinal, les arGLP1 pourraient augmenter le risque de pneumopathie d’inhalation au cours d’une anesthésie et modifier l’absorption de certains médicaments administrés concomitamment.

Des cas d’atteintes oculaires ont également été rapportés : tout symptôme visuel brutal, notamment une baisse de vision, doit conduire à une évaluation ophtalmologique rapide.

Enfin, la dernière enquête de pharmacovigilance a mis en évidence un signal potentiel de carences nutritionnelles sévères, telles qu’une carence en fer (anémie), de perte de masse musculaire, d’atteinte neurologique liée à un déficit sévère en vitamine B1. Ce signal potentiel fait actuellement l’objet d’une surveillance renforcée.


La surveillance de l’utilisation des médicaments en population, qui plus est de médicaments récemment disponibles et/ou à risque d’usage non conforme, étant un enjeu primordial, des chercheurs de l’Inserm et l’Université de Bordeaux ont mené, en 2025, une étude observationnelle à partir de la base de données de remboursement de l’Assurance Maladie. Elle s’est intéressée à l’utilisation des arGLP-1 en France. Les objectifs étaient de caractériser les utilisateurs et l’utilisation des arGLP-1, entre 2017 et 2023, et d’estimer l’utilisation détournée de ses indications chez des patients sans diabète, ni obésité pour lesquels un bénéfice thérapeutique ne pouvait pas être attendu. Cette étude a montré une forte augmentation du nombre de nouveaux utilisateurs d’arGLP-1 au cours de la période (de 128 387 pour la période 2017-2018 à 207 844 pour la période 2022-2023). Elle a également mis en évidence une augmentation de la proportion mensuelle de nouveaux utilisateurs d’arGLP-1 pour lesquels ni diabète, ni obésité n’avaient pu être identifiés : de 1 % en 2017 à 5 % à partir de 2022. Cette population de patients sans indication retrouvée ne consommait des arGLP-1 que sur une courte période (avec une durée médiane de 28 jours couverts par arGLP-1) et 47 % des nouveaux utilisateurs ne recevaient qu’une seule délivrance d’arGLP-1. Les utilisateurs sans indication identifiée étaient majoritairement des femmes (69 %) d’âge moyen 49 ans.


A l’échelle de la région Nouvelle-Aquitaine, on retrouvait une augmentation de la proportion d’utilisateurs d’arGLP-1 sans diabète ni obésité, mais dans une moindre mesure par rapport au niveau national : de 1 % en 2017 à moins de 3 % à partir de 2022. Les caractéristiques de ces utilisateurs sans diabète, ni obésité identifiés étaient relativement similaires aux caractéristiques nationales avec toujours une durée médiane de 28 jours couverts par arGLP-1, une majorité de femmes (65 %) et un âge moyen de 55 ans. On observait cependant une plus forte proportion de délivrance unique d’arGLP-1 en Nouvelle-Aquitaine (60 %). La déclinaison régionale de l’étude nationale montrait donc que la Nouvelle-Aquitaine n’était pas particulièrement touchée par l’usage détourné des arGLP-1 par rapport à l’entièreté du territoire national. 

La Nouvelle-Aquitaine moins sujette à l’utilisation détournée des arGLP-1 par rapport aux régions méditerranéennes et à l’Ile-de-France (2022-2023)

Faut-il continuer à surveiller l’utilisation des arGLP-1 ?


L’absence de signal préoccupant observé dans cette étude constitue un élément rassurant, mais elle ne dispense pas de poursuivre la surveillance de l’utilisation de cette classe thérapeutique. Les arGLP-1 connaissent un développement rapide, avec des indications en constante évolution et un intérêt croissant de la communauté médicale et du grand public, notamment, dans le contexte de la prise en charge du surpoids et de l’obésité associés à de nombreuses pathologies chroniques. Dans ce contexte, une veille pharmaco-épidémiologique régulière apparaît indispensable pour détecter d’éventuelles modifications des pratiques, prévenir les usages inappropriés et accompagner les professionnels de santé dans le bon usage de ces médicaments. Cette vigilance contribue également à garantir la disponibilité des médicaments pour les patients qui en tirent un bénéfice démontré.

Nathan du Soulier, Adeline Degremont et Pernelle Noize (Université de Bordeaux, Inserm U1219 Bordeaux Population Health, équipe AHeaD et CHU de Bordeaux, Pôle de santé publique, Service de pharmacologie médicale)

du Soulier N, Pariente A, Bezin J, Grenet G, Faillie JL, de Germay S. Use and potential misuse of Glucagon-Like Peptide-1 Receptor Agonists in France: a nationwide cohort study. Value Health 2025;28:1335-43.