Prévenir les chutes chez les personnes âgées : agir au plus près du terrain
Le risque de chute et la prévention du risque iatrogène chez les personnes âgées
Parmi les six grandes causes identifiées de chutes chez la personne âgée, la iatrogénie médicamenteuse est parfois oubliée. Pourtant, un lien solide et bien documenté existe entre l’augmentation des chutes et la dépendance iatrogène. Les professionnels de santé de la région se mobilisent, découvrez dans cet article des actions innovantes mises en place en région.

Les chutes chez la personne âgée : un enjeu majeur de santé publique, les professionnels de la région nous font part de leur expérience
Selon les données de Santé Publique France, en 2024, 174 824 hospitalisations en lien avec une chute ont été dénombrées chez les personnes âgées de 65 ans et plus sur le territoire national, soit un taux standardisé de 1 198 hospitalisations pour 100 000 habitants ≥65 ans, en augmentation de 20,5 % par rapport à 2019.
La tendance est la même en Nouvelle-Aquitaine car selon les données PMSI, 20 888 hospitalisations en lien avec une chute ont été recensées en 2024, soit une augmentation de 11% par rapport à 2021.
De nombreux facteurs de risque peuvent contribuer aux chutes, dont les médicaments.
Quels médicaments sont à surveiller chez les personnes âgées ?
Les médicaments peuvent augmenter le risque de chute, et ceci de plusieurs façons (liste non exhaustive) :
➡️ Certains médicaments peuvent être à l’origine de vertiges et de somnolence, ce qui peut causer des pertes d’équilibre. Il s’agit notamment des psychotropes, dont les hypnotiques.
➡️ Certains médicaments provoquent une baisse de la pression artérielle ou du rythme cardiaque, ce qui augmente le risque de vertige et d’hypotension artérielle. Cela peut se présenter tout particulièrement lors d’un changement de position, par exemple en passant de la position couchée à la position debout. Il s’agit notamment des médicaments induisant une hypotension orthostatique , comme les antihypertenseurs, les alpha-bloquants, les antipsychotiques.
➡️ Certains médicaments baissent la glycémie. Une hypoglycémie importante peut entrainer un risque de chutes : il s’agit notamment des antidiabétiques.
Plusieurs outils existent permettant d’identifier les médicaments concernés, dont un développé en Nouvelle-Aquitaine et reconnu au niveau national :
Plusieurs professionnels de santé de la région Nouvelle-Aquitaine sont engagés de longue date dans la lutte contre la iatrogénie médicamenteuse, en particulier chez les personnes âgées. Ils œuvrent depuis plusieurs années à l’élaboration et au déploiement d’actions contribuant à la prévention des risques et à des prescriptions plus justes et plus adaptées chez les seniors.
Parmi les réalisations emblématiques de la région, il convient de citer notamment un outil d’aide à l’identification des médicaments potentiellement inappropriés. Initialement connue sous le nom de « liste Laroche », cette référence a été reconnue au niveau national et porte désormais le nom de REMEDI[e]S (Revue des prescriptions médicamenteuses potentiellement inappropriées chez les seniors). Le Professeur Marie‑Laure Laroche, responsable du Centre Régional de Pharmacovigilance et d’information sur les médicaments (CRPV) de Limoges nous rappelle les principaux médicaments à haut risque de chute.
Cet outil permet une analyse structurée d’une ordonnance pour une juste prescription ou déprescription médicamenteuse chez les personnes âgées de 75 ans et plus, ou polypathologiques et âgées de 65 ans et plus.
Il s’agit d’un algorithme en 7 étapes associés à 104 critères explicites. A chacun des critères explicites, un rationnel expliquant la raison du caractère inapproprié (comme par exemple le risque de chute) et, le cas échéant, une alternative thérapeutique, sont mentionnés.
- étapes 1 et 2 « sur-utilisation » : commencer par supprimer les médicaments sans indication et les médicaments dupliqués ( 2 classes différentes mais avec le même effet) avec une table associé de 7 critères;
- étape 3 « sous-utilisation, omission » : identifier les conditions cliniques qui nécessiteraient un traitement (16 critères) ;
- étapes 4 et 5 « mésusage » : identifier les médicaments potentiellement inappropriés : rapport bénéfice/risque défavorable et/ou efficacité discutable (39 critères, dont 13 portant sur les médicaments avec des effets anticholinergiques), dose (4 critères) et durée (6 critères) inappropriées ;
- étapes 6 et 7 (mésusage) : vérifier les interactions potentiellement inappropriées des médicaments avec certaines conditions cliniques (13 critères) et les interactions entre médicaments les plus fréquents en gériatrie (19 critères).
Découvrez l’outil REMEDI[e]S (Revue des prescriptions médicamenteuses potentiellement inapproprié(e)s chez les Seniors).
Face à ces enjeux, les professionnels de santé de la région se mobilisent !
Professeur Marie-Laure LAROCHE aborde ce sujet avec nous :
« Les chutes chez les aînés sont lourdes de conséquence (fractures, syndrome post-chute, séquelles résiduelles qui impactent l’autonomie, institutionnalisation) : une situation possiblement évitable en limitant l’usage de médicaments à haut risque comme par exemple les psychotropes (benzodiazépines, antipsychotiques, antidépresseurs), les antihypertenseurs quelle que soit la classe pharmacologique (surtout en association entre eux), les alpha-bloquants, tous les médicaments avec des effets anticholinergiques (cf. REMEDI[e]S ) »
Trois actions innovantes sont mises en lumière dans cet article
- L’Hôpital De Jour (HDJ) de dépistage et de prévention du risque de chute au Centre Hospitalier d’Arcachon (33)
- La mise en place d’un bilan gériatrique pluridisciplinaire chez les patients de plus de 75 ans hospitalisés pour prise en charge d’une fracture post chute à la Clinique Esquirol Saint-Hilaire (47)
- Le projet européen STOP IATRO, porté par le CHU de Toulouse et déployé en Limousin par l’unité de pharmacie clinique du CHU de Limoges, en lien étroit avec les professionnels de ville et le centre hospitalier de Saint-Yrieix (87)

Retours d’expérience du CH d’Arcachon en Gironde
Dépister, prévenir, accompagner : une nouvelle stratégie agit contre les chutes des séniors au Centre Hospitalier d’Arcachon.
Le service de médecine du sport a créé un Hôpital de Jour (HDJ) dédié à la prévention des chutes, en cohérence avec les objectifs du Plan Antichute déployé en région en 2022.
Retours d’expérience de la Clinique Esquirol
Saint-Hilaire
Réduire les chutes chez les seniors : comment une alerte d’hausse des admissions au urgences, par cause de chute, a transformé le parcours gériatrique pluridisciplinaire à la Clinique Esquirol Saint-Hilaire, en Lot-et-Garonne.


Retours d’expérience du CHU de Limoges
Le projet européen STOP IATRO, porté par le CHU de Toulouse et déployé en Limousin par l’unité de pharmacie clinique du CHU de Limoges, en lien étroit avec les professionnels de ville et le centre hospitalier de Saint-Yrieix (87)
Consultez les chiffres clés de la région
Nb de séjours d’hospitalisation MCO pour chutes chez les patients de 65 ans et plus en 2024

L’avis des patients
Oui ! les médicaments peuvent aussi nous faire tomber, mais comment anticiper ?
Les patients jouent un rôle clé dans la prévention des chutes, nous devons apprendre pour mieux comprendre comment agir sur notre santé.
« Je pensais que c’était l’âge », « je ne voulais pas déranger pour des étourdissements »,
« Je ne savais pas que mes médicaments pouvaient jouer sur l’équilibre »,
« mon traitement avait changé récemment ».
« C’est difficile d’oser poser des questions en consultation et parler de tous ses médicaments, y compris ceux sans ordonnance ou pris occasionnellement… »
France-Assos Santé sensibilise les patients sur le fait qu’un traitement doit être réévalué régulièrement et surtout après une chute, une hospitalisation ou un changement de traitement, et ne pas arrêter un traitement seul sans avis médical. Il incite par ailleurs les patients, acteurs de leurs traitements, à poser les questions dans une situation de chute et de détresse :
1. Mes médicaments peuvent-ils augmenter mon risque de chute ?
2. Tous sont-ils encore nécessaires ?
3. Peut-on simplifier ou réduire mon traitement ?
4. Que dois-je faire si je me sens étourdi(e) ?
Prendre le temps d’en parler avec les professionnels de santé, permet souvent d’adapter le traitement en toute sécurité. La prévention des chutes, c’est un travail d’équipe ; l’expertise des professionnels de santé et l’expérience vécue des patients peuvent contribuer à la prévention. La prochaine chute évitée peut commencer simplement par une conversation, et une écoute active.
Plus en savoir plus sur ces thématiques :

L’OMEDIT Nouvelle-Aquitaine a développé deux outils pratiques sur ce sujet, disponibles sur demande et via les liens suivants :
Un « Serious game PRISMAGE »
Outil de formation en ligne sur la prévention des risques liés à l’iatrogénie médicamenteuse chez le sujet âgé, il suffit de télécharger le module.
À vous de jouer !
Un « Audit d’évaluation et de correction du risque iatrogène médicamenteux associé aux chutes chez la personne âgée »
Pour les établissements de santé, disponible via la plateforme e-medite et sur demande
Organismes contributeurs :





Bibliographie :
BOUREAU, Anne-Sophie et CORVOL, Aline, « « Choisir avec soin » : une initiative pour la réduction d’examens et de traitements inutiles », Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement, vol. 21 / 2, JLE Éditions, 2023, p. 145-147.
COLLIAT, François, BLAIN, Hubert et BAPTISTE ROBIAUD, Jean, « Les médicaments à risque de chute », La Presse Médicale Formation, vol. 6 / 6, décembre 2025, p. 100745.
« Comment prévenir les chutes des personnes âgées ? »
[En ligne : https://www.ameli.fr/assure/sante/bons-gestes/seniors/prevenir-chutes-personnes-agees]. Consulté le 7 avril 2026.
«Déploiement du plan antichute des personnes âgées en Nouvelle-Aquitaine »
[En ligne : https://www.nouvelle-aquitaine.ars.sante.fr/deploiement-du-plan-antichute-des-personnes-agees-en-nouvelle-aquitaine]. Consulté le7 avril 2026.
« Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement 2023/2 (Vol. 21) »
[En ligne : https://stm-cairn-info.proxy.sciencespobordeaux.fr/revue-geriatrie-et-psychologie-neuropsychiatrie-du-vieillissement-2023-2]. Consulté le7 avril 2026.
« Plan antichute des personnes âgées | solidarites.gouv.fr | Ministère du Travail et des Solidarités »
[En ligne : https://solidarites.gouv.fr/plan-antichute-des-personnes-agees]. Consulté le 7 avril 2026.
QUENEAU, Patrice et BENETOS, Athanase, « La thérapeutique est aussi la science et l’art de « dé-prescrire » à bon escient », Médecine, vol. 20 / 5, JLE Éditions, septembre 2024, p. 196-198.
QUENEAU, Patrice et CASASSUS, Philippe, « Déprescrire : la fin d’un tabou ? », Médecine, vol. 21 / 8, JLE Éditions, décembre 2025, p. 354-358.